Radars : le gouvernement contre la fronde des députés

Le 24/05/2011

François baroin a rappelé que le gouvernement faisait de la lutte contre l'inséucrité routière une priorité qui ne pourra être fragilisée par une initiative des parlementaires.

L'affaire des radars n'en finit pas de faire des vagues. Le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a réaffirmé mardi 24 mai la détermination de l'exécutif à lutter contre l'insécurité routière. "Les mesures, l'esprit et la rigueur avec laquelle nous souhaitons mettre en place ces dispositifs ne sera pas fragilisée par une quelconque initiative parlementaire", a-t-il déclaré sur Europe 1, alors que plus de 70 députés UMP ont écrit lundi au Premier ministre François Fillon pour lui faire part de "la profonde exaspération" de leurs électeurs contre ces mesures. "En l'espace de quelques jours, les milliers de courriels que nous avons reçus pour condamner les décisions" du Comité interministériel sur la sécurité routière du 11 mai "en sont la preuve flagrante". "Nous insistons sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une simple +mauvaise humeur+ passagère mais bien d'une profonde exaspération", ont prévenu les parlementaires signataires.

Des députés de La Droite populaire

Parmi eux, on compte des membres du collectif de La Droite populaire, comme Philippe Meunier, Jacques Myard et Christian Vanneste, mais aussi des élus sarkozystes comme Alain Gest et Arnaud Robinet et l'ancien ministre Alain Marleix. "Si nous partageons votre ambition quant au traitement attentif des problèmes de sécurité routière, nous regrettons l'absence totale de concertation qui a précédé ce comité interministériel. De plus, nous estimons que d'autres mesures sont plus urgentes à prendre afin d'améliorer la sécurité routière, mesures qui ne seraient d'ailleurs pas davantage populaires", ajoutent les 73 députés. Dans une autre lettre, le député UMP Louis Giscard d'Estaing "attire l'attention" du Premier ministre sur "la nécessité" pour le gouvernement de consulter au préalable, sur la question des radars, "le Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques" (CECPP) dont s'est dotée l'Assemblée nationale dans le cadre de l'accroissement des pouvoirs du Parlement prévu par la révision constitutionnelle de 2008.

1.000 radars pédagogiques

Ce dernier épisode intervient alors que Claude Guéant a annoncé dimanche le déploiement "dès la semaine prochaine" d'un "millier de radars pédagogiques" qui indiqueront la vitesse sans pour autant sanctionner les automobilistes. Ces radars calculent la vitesse des automobilistes, qu'ils affichent (en rouge si la limite est dépassée) sur des panneaux lumineux. Certains vont même jusqu'à préciser le numéro d'immatriculation de la voiture. Ils ne donnent lieu à aucune amende ou aucun retrait de points. Le ministre de l'Intérieur, qui a parlé d'un "nouveau volet de la politique routière", a précisé qu'il s'agissait "d'une première tranche". Les "radars pédagogiques" seront "placés notamment dans les zones dangereuses, y compris sur des itinéraires dans lesquels des radars existent". Ils permettront à l'automobiliste de "lever le pied".

La suppression des panneaux confirmée

"Il faut que la vitesse soit respectée partout", a assuré le ministre de l'Intérieur, rappelant que 13 % de morts en plus avaient été enregistrés sur les routes depuis le début de l'année, "soit 500 à 600 morts de plus, ce qui est inacceptable". Claude Guéant a également reconnu que "nous sommes loin" de l'objectif fixé par Nicolas Sarkozy de passer d'ici à 2012 sous la barre des 3.000 morts par an (moins de 4.000 en 2010). Pas question donc revenir sur la suppression annoncée des panneaux indiquant la présence des radars automatiques fixes au bord des routes. Un arrêté dans ce sens a d'ailleurs été publié cette semaine au Journal officiel en même temps que les premiers panneaux étaient démontés. Cette mesure a suscité la fronde d'une cinquantaine de députés UMP, membres du collectif de "La Droite populaire", qui ont menacé le gouvernement de "tirer les conclusions politiques" avec des mesures de rétorsion s'ils ne sont pas entendus sur le maintien des panneaux prévenant des radars fixes.

Les fabricants d'avertisseurs de radars satisfaits

"L'Association française des fournisseurs et utilisateurs de technologies et d'aides à la conduite (AFFTAC) prend acte des déclarations du ministre (...) qui a enfin reconnu le caractère pédagogique de nos produits", qui "contribuent déjà pleinement à la sécurité routière", indique-t-elle dans un communiqué. Cette association, créé par les principaux fabricants français d'avertisseurs de radars Coyote System, Inforad et Wikango, indique que "l'idée des +radars pédagogiques+, informant les conducteurs de la limite de vitesse autorisée, est déjà une des fonctionnalités permanente des produits vendus par ses membres". Toutefois, l'association maintient son appel à la mobilisation générale le 2 juin prochain pour dire "non" à l'interdiction des avertisseurs de radars.

Une opération de "communication"

Le Pr Claude Got, spécialiste de sécurité routière, a qualifié l'annonce du ministre de l'Intérieur de "communication pour tenter de calmer sa majorité". Selon le Pr Got, il y a déjà des "milliers" de ces radars de ce type. Des chiffres confirmés par la présidente de la Ligue contre la Violence routière Chantal Perrichon qui affirme que ces "radars pédagogiques ne modifieront pas le comportement de ceux qui s'estiment au dessus du respect des limitations de vitesse". Pour le Pr Got, "la seule mesure efficace pour faire baisser la vitesse, c'est l'interdiction par une loi de l'utilisation des avertisseurs de radars", une mesure annoncée par le gouvernement. La France compte actuellement plus de 2.800 radars fixes, mobiles ou aux feux rouges. Un millier de plus doivent être déployés d'ici 2012. La généralisation des radars au bord des routes et la création du permis à points ont fait chuter le nombre de morts de 11.000 sur les routes françaises entre 2002 et 2010 en faisant baisser la vitesse moyenne de 10 %.

Source : challenges.fr

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